Vie de la société | 4 octobre 2011

Charte de la Société Francophone de Philosophie de la Religion

  1. La philosophie de la religion est désormais installée dans le paysage francophone. Non sans mérite, assumant dans des contextes universitaires parfois peu favorables, les héritages de la traditionnelle Religionsphilosophie et dans un dialogue récent avec la Philosophy of religion anglo-saxonne, des ouvrages de grande ampleur tant sur le plan historique que systématique, se sont imposés sur la scène internationale, au croisement de la métaphysique, de la théologie, des sciences humaines et sociales. Des collections de philosophie, des laboratoires relevant de plusieurs universités ainsi que de nombreux centres de recherche, ont produit des événements consacrés à des approches philosophiques des phénomènes religieux et de leurs objets théoriques. Des « revues » de philosophie, spécialisées dans cette discipline, ont vu le jour, certaines étant diffusées directement par les moyens informatiques.

  2. Dans un contexte de mondialisation en pleine effervescence géopolitique, culturelle, sociale et économique, le phénomène religieux se présente, après une longue parenthèse de relégation, comme une donnée spéculative de premier ordre, impliquée centralement dans la compréhension des fonctionnements des peuples et des nations, l’autorité des systèmes éthiques et politiques ; il forme désormais une composante essentielle des dialogues interculturels et des réflexions stratégiques.

  3. Avec sa récente trilogie (Le buisson ardent et les lumières de la raison, Paris, Cerf, 2002-2004), Jean Greisch a permis d’instaurer dans le débat académique, la distinction entre «philosophie de la religion», «philosophie religieuse», «théologie philosophique» et «théologie religieuse (ou confessante)». Cette distinction rigoureuse appelle, plus qu’elle n’exclut, leur complémentarité : «penser la religion» ne reconduit pas à la seule activité croyante ni au seul effort de théorisation de l’objet «Dieu» ; mais « penser la religion » implique une disposition d’ouverture positive à l’égard des manifestations pratiques et des systèmes théoriques qui établissent des ensembles de rapports entre l’humain, le monde et l’ordre divin.

  4. La philosophie de la religion porte ainsi son attention sur les phénomènes religieux à même leur positum, avec pour premier mot d’ordre d’aller à ce qui s’y manifeste. De façon conséquente, elle porte son attention sur la construction des discours et arguments, concepts et métaphores, récits et adresses, par lesquels la religion s’auto-interprète et se communique. Elle s’inscrit dans un dialogue entre les disciplines soucieuses d’honorer selon un angle spécifique les variables du donné religieux : sciences religieuses et sciences humaines : Histoire, Exégèse, Linguistique, Archéologie, Ethnologie, Psychologie Sociologie…, arts religieux et les différentes «théologies» - en interrogeant les présupposés épistémologiques qui président à leur élaboration.

  5. La philosophie de la religion porte des problèmes anciens et nouveaux, parfois dramatiques, qui concernent l’essence de la religion et son rapport à la pluralité des religions, les logiques discursives et rituelles de chaque religion, les vérités dans les religions (textualité, dogmes) l’herméneutique de la religion confessée, les enjeux éthiques, culturels et politiques de la religion.

  6. La nouvelle « Société francophone de la philosophie de la religion » réunit les philosophes dont les travaux témoignent significativement d’un intérêt et d’une contribution spécifique dans l’étude du phénomène et du discours religieux. Non confessionnelle, elle constitue un réseau mondial d’enseignants et de chercheurs acquis à l’exigence d’élucider sous un mode rationnel et critique les questions qui concernent, directement ou indirectement, les diverses constellations religieuses : judaïsme, bouddhisme hindouisme, catholicisme, protestantisme, orthodoxie, islam, animismes. Les enseignants et les chercheurs sont sollicités comme Sociétaires dans la diversité des champs religieux auxquels le cas échéant ils appartiennent, mais principalement en vertu de de la qualité de leurs travaux, qu’il s’agisse d’une œuvre réalisée ou d’un ouvrage en construction. Ils peuvent revendiquer des appartenances à des « écoles » philosophiques : phénoménologie, philosophie analytique, herméneutique, thomismes… La Société francophone de philosophie de la religion établit également des partenariats avec les institutions et sociétés de philosophie, nationales ou internationales, francophones ou non, pour lesquelles le rapport à la religion caractérise une part notable de ses activités (Institut international de philosophie, Ve Section de l’EPHE, Paris, Institut Castelli de Rome, Société Ernest Renan, Association Maurice Blondel, Laboratoires et Centres de recherches en philosophie de la religion etc…)

  7. Les questions suivantes pourront être privilégiées. Comment traiter philosophiquement des objets religieux ? des différents langages religieux, de de la poésie mystique, de la « prédication religieuse », en passant par le langage des formulations dogmatiques ? Quelle est la dimension philosophique immanente à chaque religion (compte tenu de l’indistinction entre philosophie et religion dans certaines traditions). Quelles sont, ici ou là, les raisons de l’hostilité de la religion à l’égard de la philosophie ? Comment, plus précisément, ressaisir les grands thèmes religieux tels : l’espérance (comme l’a vu Kant), le salut, l’au-delà, la médiation entre l’homme et Dieu (Hegel), l’insertion de la religion dans la société, et la philosophie mystique ?

  8. Un colloque académique sera organisé tous les deux ans dans un lieu chaque fois différent. Le colloque inaugural se tiendra au cours de l’année 2013 sur un thème suffisamment articulé aux réalités internationales et à la variété des travaux actuels

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